{"id":980,"date":"2017-12-08T13:59:00","date_gmt":"2017-12-08T12:59:00","guid":{"rendered":"http:\/\/fred-royer.com\/?p=980"},"modified":"2023-11-27T18:19:35","modified_gmt":"2023-11-27T17:19:35","slug":"reminiscence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fred-royer.com\/?p=980","title":{"rendered":"R\u00e9miniscence"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Propos sur quelques peintures de Fr\u00e9d\u00e9ric Royer par Olivier Koettlitz<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-3\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow\">\n<p class=\"has-drop-cap has-normal-font-size\">\u00c1 la surface des \u0153uvres affleurent, et pour le dire ainsi, remontent d\u2019autres surfaces qui viennent hanter ces microcosmes a priori indiff\u00e9rent \u00e0 tout macrocosme comme \u00e0 toute esp\u00e8ce de transcendance. Derri\u00e8re leur aspect fonci\u00e8rement profane et m\u00eame, on l\u2019a dit, parfois trivial, ces peintures donnent \u00e0 voir aussi, de fa\u00e7on plus ou moins explicite, non pas une dimension \u00ab sacr\u00e9e \u00bb5, en tout cas une dimension suppl\u00e9mentaire, une sorte de quatri\u00e8me dimension attenante \u00e0 l\u2019espace pictural. Ce dernier est en effet doubl\u00e9 par le temps de l\u2019histoire de l\u2019art, plus pr\u00e9cis\u00e9ment celle de la peinture occidentale. Les peintures de F. Royer sont plus ou moins discr\u00e8tement hant\u00e9es. Aussi, plut\u00f4t que de parler traditionnellement d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;influences&nbsp;\u00bb, il faudrait ici parler de r\u00e9miniscences dans l\u2019exacte mesure o\u00f9, dans le cas de la r\u00e9miniscence, le retour du souvenir n\u2019est pas forc\u00e9ment reconnu comme tel, parfois m\u00eame on a perdu l\u2019origine du souvenir comme s\u2019il appartenait \u00e0 une m\u00e9moire quasiment atemporelle qui englobe, d\u00e9borde et d\u00e9passe de beaucoup la m\u00e9moire personnelle du sujet. Ainsi en va-t-il de Francis Bacon dont la pr\u00e9sence est tellement perceptible qu\u2019il devient \u00e0 la limite superflu voire d\u00e9plac\u00e9 d\u2019en demander confirmation \u00e0 l\u2019auteur. \u00ab&nbsp;\u00c9videmment&nbsp;!&nbsp;\u00bb qu\u2019il est \u00ab&nbsp;influenc\u00e9&nbsp;\u00bb par l\u2019\u0153uvre du c\u00e9l\u00e8bre peintre britannique, mais cela se fait sans prise de conscience, sans concertation, \u00ab&nbsp;sans r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;malgr\u00e9 moi&nbsp;\u00bb, dit-il). Ce retour de Bacon, cette reprise qui fr\u00f4le le mim\u00e9tisme sans pourtant s\u2019y ramener jamais est tout particuli\u00e8rement visible pour le traitement des corps dont on a d\u00e9j\u00e0 dit un mot. Il suffit alors de regarder et de laisser faire son travail \u00e0 la m\u00e9moire qui, pour le coup, va rapidement venir accompagner la perception comme son ombre. Notamment en ce qui concerne les carnations ins\u00e9parables de leur posture ou plus exactement de leur non-posture puisqu\u2019elles s\u2019affaissent, rappelant par l\u00e0 que le corps est principalement \u00ab&nbsp;chair ou viande&nbsp;\u00bb<a href=\"#sdfootnote6sym\">6<\/a> dans ces int\u00e9rieurs o\u00f9 toutes les limites (autant physiques que symboliques) sont toujours sur le point d\u2019\u00eatre transgress\u00e9es, viande avachie avant (et apr\u00e8s) d\u2019\u00eatre corps nettement individu\u00e9, circonscrit et polic\u00e9. Il en va de m\u00eame pour David Hockney que la r\u00e9currence des tapisseries et l\u2019ancrage dans une familiarit\u00e9 pop ne peut \u00e9viter de rappeler (\u00e0 pr\u00e9ciser). La pr\u00e9sence sur nombre de toiles d\u2019objets de consommation courante (ainsi des t\u00e9l\u00e9) marque une certaine r\u00e9alit\u00e9 sociale, elle aussi moyenne, m\u00e9diocre au sens propre du terme non exempte d\u2019un l\u00e9ger souffle romantique qui passe sur ces choses ordinaires resurgies du pass\u00e9 pour leur faire gr\u00e2ce d\u2019une seconde vie<a href=\"#sdfootnote7sym\">7<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres reflux moins directement reconnaissables issus d\u2019un prestigieux pass\u00e9 viennent habiter les toiles qui nous occupent. La toile aux \u00ab&nbsp;joueurs de scrabble&nbsp;\u00bb \u00e9voqu\u00e9e plus haut est fort significative \u00e0 cet \u00e9gard&nbsp;: un regard un peu avis\u00e9 de l\u2019histoire de l\u2019iconographie y reconna\u00eetra, outre un motif r\u00e9current de l\u2019histoire de la peinture<a href=\"#sdfootnote8sym\">8<\/a>, un visage (??) tout droit sorti d\u2019une toile de Giotto (titre&nbsp;?). Le plus remarquable dans ce dernier cas, c\u2019est que la recognition ne vient pas de l\u2019auteur mais d\u2019un tiers pour qui la \u00ab&nbsp;reprise&nbsp;\u00bb est flagrante, ce qui est effectivement le cas&nbsp;! (Il faudrait pouvoir ici se demander dans quelle mesure il est pertinent de parler de lapsus en peinture et y consacrer une \u00e9tude \u00e0 part enti\u00e8re.)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c1 pointer, comme on ne peut manquer de le faire, les r\u00e9miniscences qui courent l\u2019abondante production de F.&nbsp;Royer, on a l\u2019impression \u00e9trange que sa peinture est le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un dr\u00f4le de court-circuit temporel, comme si le temps long et parfois quasiment sanctifi\u00e9 de l\u2019Histoire de l\u2019Art cohabitait en s\u2019y superposant avec le temps court, radicalement profane et sans grande m\u00e9moire du quotidien \u2013 \u00e0 moins que ce soit le contraire. Quoi qu\u2019il en soit, il reste que ce brouillage des temps rend la temporalit\u00e9 de ces tableaux assez l\u00e2che, floue, indistincte et fuyante. La co\u00efncidence incongrue entre la grandeur des figures de l\u2019art pass\u00e9 et l\u2019absence d\u2019int\u00e9r\u00eat des personnages anonymes d\u2019aujourd\u2019hui ne compte pas pour rien dans l\u2019impression, l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9rangeante, qui envahit le spectateur de certaines de ces toiles. Mais encore une fois, l\u2019\u00e9trange n\u2019est pas suffisamment pris au s\u00e9rieux pour qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate outre mesure, il pourrait sourde, il est l\u00e0 qui r\u00f4de mais sa modalit\u00e9 reste cantonn\u00e9e au conditionnel, il n\u2019int\u00e9resse ici personne et s\u00fbrement pas les personnages du tableau qui ne semblent pas \u00eatre dispos\u00e9s \u00e0 fournir le minimum d\u2019effort requis pour se rendre disponible \u00e0 l\u2019accueil de quelque \u00ab&nbsp;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9&nbsp;\u00bb. Enfin, il va sans dire que la r\u00e9miniscence surr\u00e9aliste n\u2019est pas \u00e0 n\u00e9gliger, elle qui participe \u00e0 l\u2019humour qu\u2019on \u00e9voquait pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n\n\n\n<p>Une derni\u00e8re observation pour finir. Le lecteur qui a bien voulu lire jusqu\u2019ici ces quelques remarques formul\u00e9es au sujet des peintures de Fr\u00e9d\u00e9ric Royer a sans doute remarqu\u00e9 que jamais nous n\u2019en avons donn\u00e9 les titres, et pour cause&nbsp;: elles n\u2019en ont pas. Tout juste peut- on y remarquer la signature discr\u00e8te de l\u2019auteur et la date de leur composition (date ou pas date&nbsp;?). D\u00e9sinvolture&nbsp;? Aquoibonisme&nbsp;? La raison est autrement plus s\u00e9rieuse et tient aux consid\u00e9rations qui viennent d\u2019\u00eatre avanc\u00e9es. La zone de r\u00e9alit\u00e9 dans laquelle stagnent \u00e0 s\u2019y morfondrent les individus qui peuplent ces toiles est insuffisamment qualifi\u00e9e pour pr\u00e9tendre \u00e0 quelque titre que ce soit. Cette difficult\u00e9, qui confine \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9, de donner un titre aux \u0153uvres est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une exp\u00e9rience qui est autant exp\u00e9rience du temps qu\u2019exp\u00e9rience de l\u2019espace, celle-la m\u00eame qu\u2019essaie, avec succ\u00e8s, de rendre l\u2019univers pictural de F. Royer, \u00e0 savoir l\u2019exp\u00e9rience de la \u00ab&nbsp;magie grise&nbsp;\u00bb du quotidien-en-int\u00e9rieur, \u00e0 la crois\u00e9e du sublime et de l\u2019insignifiant.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Olivier Koettlitz<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lille, F\u00e9vrier 2010.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow\">\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"http:\/\/fred-royer.com\/wp-admin\/post.php?post=980&amp;action=edit#sdfootnote1anc\">1<\/a> Bruce B\u00e9gout, La d\u00e9couverte du quotidien, Paris, Allia, 2005, p. 377.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"http:\/\/fred-royer.com\/wp-admin\/post.php?post=980&amp;action=edit#sdfootnote2anc\">2<\/a> Cf. B. Stiegler \u00a7 Ars Industrialis, R\u00e9enchanter le monde. La valeur esprit contre le populisme industriel, Paris, Flammarion, coll. \u00ab\u00a0Champ\/essais\u00a0\u00bb, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"http:\/\/fred-royer.com\/wp-admin\/post.php?post=980&amp;action=edit#sdfootnote3anc\">3<\/a> M\u00eame s\u2019ils ne vivent pas dans des cloaques, les personnages des \u0153uvres ici consid\u00e9r\u00e9es n\u2019\u00e9voluent n\u00e9anmoins pas dans des int\u00e9rieurs cosy, feutr\u00e9s et propices \u00e0 la d\u00e9lectations profane des t\u00e2ches et des gestes les plus humbles. Il y loin des int\u00e9rieurs de F. Royer \u00e0 ceux qu\u2019on peut go\u00fbter en regardant les chefs-d\u2019\u0153uvre de la peinture hollandaise du XVII\u00b0 si\u00e8cle. Le quotidien des classiques est plus solaire et apais\u00e9, celui de notre contemporain plus gris et ind\u00e9cis. Cf. sur ce sujet l\u2019ouvrage d\u00e9sormais incontournable de Tzvetan Todorov, \u00c9loge du quotidien. Essai sur la peinture hollandaise du XVIIe si\u00e8cle, Paris, Le Seuil, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"http:\/\/fred-royer.com\/wp-admin\/post.php?post=980&amp;action=edit#sdfootnote4anc\">4<\/a> Cf. G. Deleuze, p. 39.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"http:\/\/fred-royer.com\/wp-admin\/post.php?post=980&amp;action=edit#sdfootnote5anc\">5<\/a> \u00c1 moins qu\u2019on sacralise, comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait, l\u2019histoire de l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"#sdfootnote6anc\">6<\/a> Cf. G. Deleuze, op. cit, p. 20. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"#sdfootnote7anc\">7<\/a> Cf. livre FNAC. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"#sdfootnote8anc\">8<\/a> Il s\u2019agit du th\u00e8me des \u00ab&nbsp;joueurs&nbsp;\u00bb (de cartes ou autres) qui fait tout de suite penser, entres autres, \u00e0 Georges de La Tour ou \u00e0 C\u00e9zanne.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propos sur quelques peintures de Fr\u00e9d\u00e9ric Royer par Olivier Koettlitz \u00c1 la surface des \u0153uvres affleurent, et pour le dire&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/980"}],"collection":[{"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=980"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/980\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1419,"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/980\/revisions\/1419"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=980"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=980"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fred-royer.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=980"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}